
Il est 9h30, je descends du train à Matabiau et la ville est encore en pyjama. Pas un klaxon, pas une terrasse pleine, juste la lumière d’août qui glisse sur la brique et une odeur de pain chaud qui vient d’on ne sait où. Dans quatre heures j’aurai mangé des tomates encore tièdes de soleil, bu une pinte à l’ombre et discuté avec un monsieur en chemise hawaïenne qui connaît tout le monde. Voilà comment on tombe amoureuse de Toulouse un dimanche matin. 🌞
La virée en un coup d’œil
Destination : Toulouse, Haute-Garonne, Occitanie
Quartiers : Saint-Aubin, la Colombette, Belfort, Matabiau
Durée : une matinée qui déborde beaucoup trop (9h30 → 17h)
Type : city break local, sans monument, sans file d’attente
Transport : train jusqu’à Toulouse-Matabiau, puis 100 % à pied
Budget : environ 35 à 45 € par personne, hors train
Les temps forts :
Marché Saint-Aubin Expo Paliss’Art gratuite Smoothie chez Minnaya Pinte au Péry Brunch chez Camille’s Apéro place Belfort
⚠️ À savoir : le marché Saint-Aubin n’existe que le dimanche matin et il remballe vers 14h. Arrive avant 11h30 si tu veux voir autre chose que des cagettes vides et des balais.
Le programme de la matinée, direct
Si tu es du genre à vouloir la réponse avant l’histoire, la voilà. Cette balade se fait entièrement à pied, sans ticket de métro, sans réservation obligatoire, dans un rayon d’un kilomètre autour de la gare.
- 9h30 — Arrivée à Toulouse-Matabiau, traversée du canal du Midi
- 9h45 — Place Saint-Aubin : l’expo à ciel ouvert Paliss’Art sur les palissades du chantier
- 10h — Le marché Saint-Aubin, deux heures minimum, on ne discute pas
- 12h — Smoothie chez Minnaya, rue de la Colombette
- 12h30 — Pinte à l’ombre à la terrasse du Péry
- 13h15 — Brunch chez Camille’s — Morning Bistrot
- 14h15 — Balade dans les rues roses, direction la place Belfort
- 14h45 — Apéro place Belfort, le coin le plus improbable de Toulouse
- 17h — Retour à pied à Matabiau, train, dodo
Tout le monde te dira de commencer Toulouse par la place du Capitole. Fais-le une fois, c’est magnifique, la mairie est somptueuse, tu prendras ta photo et tu passeras à autre chose. Mais le dimanche, les Toulousains ne sont pas là. Le dimanche, ils sont à Saint-Aubin, un cabas dans une main, un café dans l’autre, en train de faire la queue pour du fromage. C’est ce Toulouse-là que je te raconte — le complément parfait à mes 10 raisons de kiffer la ville rose. 💛
Certains liens de cet article sont affiliés : si tu réserves via l’un d’eux, ça ne te coûte pas un centime de plus et ça m’aide à faire vivre le blog.
9h30 à Matabiau : la ville dort encore

J’habite dans le Volvestre, à une trentaine de minutes de train. Le dimanche matin, le TER est presque vide : deux randonneurs, une fille qui rentre visiblement de soirée, et moi avec mon appareil photo sur les genoux. On longe les champs, la lumière est basse et dorée, et puis d’un coup les entrepôts, les rails qui se multiplient, et la verrière de Matabiau.
Sortir de la gare un dimanche à 9h30, c’est une drôle de sensation. En semaine, ce parvis est un champ de bataille : taxis, valises à roulettes, gens qui courent en criant dans leur téléphone. Là, il y a trois pigeons et un type qui balaie une terrasse. Le silence est presque gênant. On entend le bruit de ses propres tongs sur le trottoir.
Devant toi, le canal du Midi. C’est la première image de Toulouse et c’est déjà une bonne image : l’eau immobile, verte, les platanes penchés au-dessus, et le reflet des façades qui tremble à peine. Le matin, une brume très fine flotte encore au ras de l’eau. Un joggeur passe. Une péniche dort. Tu traverses le pont et tu as officiellement quitté la gare pour entrer dans la ville.
À partir de là, c’est dix minutes de marche vers le sud, en descendant vers le boulevard Pierre-Paul Riquet puis la rue Riquet. Les rues sont désertes. Les rideaux de fer des kebabs sont baissés. Un balcon a laissé sécher des draps toute la nuit. Il fait déjà 25 degrés et il n’est pas 10h — cette douceur du matin toulousain en été, celle qui te fait dire « ah mais c’est parfait » avant que la fournaise de 15h ne te fasse regretter tes mots.
Et puis, progressivement, le bruit revient. Pas un bruit de circulation : un bruit humain. Des voix, un ampli qui gratte, un rire. Tu ne vois pas encore le marché mais tu l’entends. Tu accélères sans t’en rendre compte.
💡 Le conseil voyage de Jipsee : prends le train qui arrive entre 9h et 9h30, pas plus tard. Entre 10h et 11h30, le marché Saint-Aubin est à son sommet — assez de monde pour l’ambiance, pas encore assez pour te marcher sur les pieds. Après midi, tu es dans la cohue et les meilleurs producteurs commencent à être en rupture.
Paliss’Art : une galerie à ciel ouvert avant même d’arriver au marché

Première surprise, et elle est gratuite. En arrivant sur la place Saint-Aubin, tu tombes sur les palissades du chantier de la ligne C du métro. Normalement, une palissade de chantier, c’est laid, c’est gris, c’est couvert d’affiches déchirées de concerts qui ont eu lieu il y a deux ans.
Là, non. Là, c’est un mur d’images.
Le projet s’appelle Paliss’Art. L’idée : puisque le quartier se mange des années de travaux, autant transformer la barrière en musée. Les œuvres sont peintes par des artistes locaux sur des panneaux dibond, ensuite fixés sur les palissades Tisséo, et l’ensemble est renouvelé tous les trois mois — une nouvelle sélection d’artistes à chaque édition, sur toute la durée du chantier. Autrement dit : si tu reviens dans six mois, ce ne sera plus la même expo.
Quand j’y étais, on en était à la 5ᵉ édition, sur le thème « Mondes imaginaires », sous la direction artistique du graffeur toulousain Nikko. Des créatures molles, des personnages tout en rondeurs, des couleurs qui claquent, des univers qui n’existent nulle part ailleurs que dans la tête de celui qui les a peints. Une dame promenait son chien devant, s’arrêtait tous les trois panneaux, repartait. Un gamin sur les épaules de son père désignait un truc rose en hurlant « LÀ ! ».
Ce que j’aime là-dedans, c’est le contraste. D’un côté, un chantier de métro, des grues, du béton, de la poussière et cette impression que le quartier est éventré. De l’autre, trente œuvres alignées comme dans une galerie, à hauteur de regard, sans cimaise, sans gardien, sans billetterie. Tu peux les regarder en mangeant une pêche. Personne ne te dira rien.
ℹ️ Bon à savoir — Paliss’Art
- Où : palissades du chantier de la ligne C, place Saint-Aubin
- Quand : visible en permanence, en accès libre, 7j/7
- Prix : gratuit
- Attention : la 5ᵉ édition court jusqu’à mi-septembre (date de fin indicative), puis une nouvelle sélection d’artistes prend le relais. Vérifie l’édition en cours sur l’agenda de Toulouse Métropole.
Petite précision honnête, parce que je déteste les articles qui te vendent du rêve périmé : les sessions de live painting, avec les artistes en train de peindre devant toi, ont lieu au moment du lancement de chaque édition, pas tous les dimanches. Si tu passes en août, tu vois le résultat, pas les bombes en action. C’est déjà beaucoup.


Le marché Saint-Aubin, le vrai dimanche des Toulousains
Et là, tu tournes le coin. 🎺
Le marché Saint-Aubin ne commence pas, il t’avale. En trois pas tu passes du trottoir vide à une marée de cabas, de poussettes, de chiens, de vélos poussés à la main, de gens qui s’embrassent au milieu du passage sans se soucier de bloquer la circulation. C’est dense, ça sent tout en même temps, et ça parle fort.
La place et son église, décor du dimanche
Au centre, l’église Saint-Aubin, énorme masse de brique rouge du XIXᵉ siècle, avec ses arcs, sa rosace et son air de gros paquebot posé là. Le marché tourne autour d’elle comme un manège. C’est ce qui donne au lieu sa géographie très particulière : tu ne fais pas le marché en ligne droite, tu tournes, tu reviens, tu recoupes, tu te perds un peu, et tu retombes sur le stand que tu cherchais depuis vingt minutes.
Autour, la place et les rues adjacentes alignent des immeubles toulousains classiques : brique rose, volets en bois qui ont pris le soleil, balcons en fer forgé où sèchent des maillots de bain, et au rez-de-chaussée des cafés dont les terrasses ont triplé de volume pour l’occasion. Certaines façades sont décrépies, d’autres impeccables, et cette imperfection fait tout le charme du quartier. Ce n’est pas un décor, c’est un endroit où les gens habitent vraiment.

Les odeurs, dans l’ordre où elles arrivent
Je te fais le trajet olfactif, parce que c’est vraiment comme ça que ça se passe :
- D’abord le melon et la pêche — sucré, épais, presque écœurant tellement c’est mûr
- Puis le basilic et la coriandre, en énormes bottes, quand tu passes devant les maraîchers
- Le poulet rôti qui tourne, la graisse qui grésille et goutte sur les pommes de terre en dessous
- Le poisson et la glace, cette odeur froide et iodée qui coupe tout le reste pendant trois mètres
- Les épices — cumin, curcuma, ras-el-hanout — sur les stands de cuisine du monde
- Et partout, en fond, le café des terrasses et la fumée des cigarettes roulées
Ce qui se vend vraiment ici
Saint-Aubin, ce n’est pas un marché de centre-ville pour touristes avec trois stands de savon de Marseille. C’est un marché de producteurs locaux, doublé d’un marché populaire, doublé d’un marché du monde. Tu y trouves :
- 🍅 Des fruits et légumes de saison, souvent bio, souvent vendus par la personne qui les a récoltés
- 🧀 Des fromages fermiers, du pélardon, des tommes des Pyrénées, du chèvre frais roulé dans les herbes
- 🥖 Du pain au levain, des fougasses, des tourtes qui pèsent deux kilos
- 🍷 Des vins du Sud-Ouest, du Fronton, du Gaillac, souvent en dégustation
- 🐟 Du poisson, de la viande, de la charcuterie, du saucisson à couper au couteau
- 🌍 Des stands de cuisine du monde : tajines, empanadas, samoussas, plats antillais
- 🌻 Des fleurs coupées, en brassées, chez deux ou trois fleuristes installés au même endroit depuis des années
- 🧿 Et un joyeux bazar : fripes, vinyles, bijoux artisanaux, poteries, babouches, plantes en pot
Si tu me lis depuis un moment, tu sais que je suis incapable de passer à côté d’un marché : j’ai déjà usé mes semelles sur l’immense Chatuchak à Bangkok, sur le marché aux fleurs de nuit et dans les allées des puces de Saint-Ouen. Saint-Aubin joue dans une autre catégorie — plus petit, plus dense, plus habité.
Le jus d’orange pressé à la minute mérite sa propre ligne. Il y a toujours quelqu’un avec une machine qui broie les oranges dans un fracas terrible, et un gobelet de jus tiède à 10h du matin, dans cette chaleur, c’est une résurrection.


La bande-son
C’est ce qui distingue vraiment Saint-Aubin des autres marchés toulousains. Il y a de la musique live. Pas un haut-parleur qui crache de la variété : de vrais musiciens, installés dans un coin, souvent près de l’église. Un groupe de jazz manouche avec contrebasse et guitare. Un accordéoniste seul. Parfois un type avec un ampli à batterie et une voix incroyable qui chante des reprises que personne n’écoute vraiment mais que tout le monde entend.
Les gens s’arrêtent, posent leur cabas par terre, écoutent trois minutes, mettent une pièce dans l’étui, repartent. Des enfants dansent n’importe comment. Une dame de 80 ans tape du pied. C’est là que je me dis à chaque fois : voilà, on y est, c’est ça un dimanche.
La faune du dimanche
Le grand luxe de ce marché, c’est le mélange. En dix mètres tu croises :
- Des familles avec la poussette qui sert de chariot de courses, l’aîné qui négocie une brioche
- Des étudiants en mode survie, cheveux en vrac, qui achètent trois tomates et une bière
- Des habitués qui appellent les producteurs par leur prénom et repartent avec un cadeau glissé dans le sac
- Des artistes, des gens tatoués jusqu’aux doigts, des cheveux bleus, des chapeaux improbables
- Des vieux Toulousains en chemise repassée, qui font le marché depuis quarante ans et qui commentent les prix à voix haute
- Des gens qui ne sont là que pour l’apéro, installés en terrasse dès 11h avec un verre de blanc
Personne ne se déguise. Personne ne pose. C’est un quartier populaire, bohème et mélangé, avec ce que ça implique de vie brute — tu croiseras aussi des gens à la rue, des chiens sans laisse, du bruit et du désordre. Ça fait partie du tableau, et à mon sens ça ne l’abîme pas : ça le rend vrai.


Ce qu’il faut absolument goûter sur place
Règle numéro un : ne petit-déjeune pas avant de venir. Règle numéro deux : viens avec du liquide (voir plus bas). Règle numéro trois, la vraie : mange en marchant.
- 🍑 Une pêche ou un brugnon acheté à l’unité, mangé sur place, jus sur le menton compris
- 🥟 Un samoussa ou une empanada sur les stands du monde, à manger brûlant dans du papier
- 🧀 Un morceau de tomme découpé devant toi, à grignoter avec un bout de pain
- 🍊 Le jus d’orange pressé, obligatoire
- 🍗 Une portion de poulet rôti avec les pommes de terre si tu as la chance d’avoir un pique-nique prévu
- 🌸 Une botte de fleurs — pas pour manger, mais pour rentrer chez toi avec l’odeur du dimanche
🎯 Mes conseils pour bien faire le marché Saint-Aubin
- Il n’a lieu que le dimanche matin, environ de 7h à 14h. Aucun autre jour. Ne te déplace pas un samedi en croisant les doigts.
- Prends du liquide et des petites coupures : beaucoup de producteurs prennent la carte, mais pas tous, et le distributeur du coin fait la queue.
- Viens avec un tote bag ou un cabas. Tu vas acheter plus que prévu, c’est mathématique.
- Fais un tour complet avant d’acheter. Les prix et la qualité varient énormément d’un bout à l’autre de la place.
- Les toilettes publiques ne courent pas les rues : prends un café en terrasse, ça règle le problème.
- En été, chapeau et gourde. La place est très peu ombragée et il n’est que 10h.
La pinte au Péry, à l’ombre, pendant que la ville se réveille
On remonte de trois minutes, rue Gabriel Péri, et on s’installe en terrasse au Péry. 🍺
Il faut comprendre le timing pour comprendre le plaisir. Il est midi et demi passé, le soleil tape déjà fort sur la brique, et là, sous les arbres, il y a cette poche d’ombre où la température chute de cinq degrés. Tu poses ton sac par terre. Tu sens le dossier de la chaise contre ton dos. Le serveur arrive. Et tu commandes une pinte, bien fraîche, avec de la condensation qui coule sur le verre avant même qu’il touche la table.
Le Péry, c’est un bar à bières avec une carte longue comme le bras — beaucoup de brassins locaux, des choses qu’on ne trouve pas ailleurs, et de quoi grignoter si tu es du genre à ne pas savoir attendre. L’intérieur joue les grands miroirs et le comptoir classique ; mais le dimanche, tout le monde est dehors.
Autour de nous : deux couples qui refont le match de la veille, un groupe de copains encore en tenue de marché avec un ananas posé sur la table, une fille seule qui lit un bouquin en cornant les pages. Ça parle avec l’accent, ça rigole trop fort, ça se dit « allez, une dernière » alors que c’est la troisième. Personne ne regarde son téléphone. Personne n’est pressé.
C’est la parenthèse parfaite avant un brunch : le marché t’a excitée, la terrasse te calme, et tu arrives à table avec une vraie faim et le sourire un peu bête de quelqu’un qui a bu une bière à midi un dimanche.
💡 Le conseil voyage de Jipsee : le dimanche, Le Péry ferme en milieu d’après-midi (contrairement au reste de la semaine où ça se prolonge le soir). Cale ta pinte entre midi et 15h, sinon tu trouveras porte close et tu m’en voudras.
Dormir près de Saint-Aubin, c’est tout gagner
Si tu viens de plus loin et que tu restes une nuit, vise le triangle Matabiau – Saint-Aubin – Jean-Jaurès : tu es à dix minutes à pied du marché, à cinq de la gare, et au cœur des bars le soir. Les quartiers Carmes et Capitole sont plus jolis mais plus chers, et tu perdras vingt minutes de marche chaque matin.
Le brunch chez Camille’s — Morning Bistrot
13h15. On redescend la rue de la Colombette et on pousse la porte du 38. Camille’s — Morning Bistrot. 🍳
Le nom dit déjà tout : ici, on fait le matin. Pas de service du soir, pas de carte à rallonge, pas de prétention. Une petite salle, une lumière qui tombe bien, des tables serrées mais pas collées, du bois, du blanc, quelques touches de couleur, une vitrine où les pâtisseries maison sont posées comme des bijoux. C’est joli sans être posé, et c’est rare.
Le détail qui m’a marquée : la vaisselle. De vraies assiettes dépareillées, des couverts qui ont du poids, du beau verre. Ça a l’air de rien, mais quand on t’apporte ton plat, tu vois immédiatement que quelqu’un a réfléchi à comment ça allait arriver devant toi.
Dans l’assiette
La carte tourne selon les saisons et les arrivages, alors je ne vais pas te réciter un menu qui aura changé quand tu iras. Ce que j’ai vu passer et goûté ce dimanche-là :
- 🍳 Une omelette aérienne, presque baveuse, avec une sauce truffée qui embaume toute la table
- 🥑 Un avocado toast honnête, sur un vrai pain, avec un œuf et des graines torréfiées
- 🥓 Des œufs, du bacon, des pommes de terre rissolées — le format « je ne mangerai plus rien jusqu’à ce soir »
- 🥪 Un sandwich généreux, viande fraîche, pain qui craque
- 🫐 Un muffin aux myrtilles tiède, cœur fondant, mangé à la cuillère parce qu’il ne tenait pas debout
- ☕ Et un café qui a du goût, ce qui devrait être une évidence et ne l’est jamais
Le service est jeune, souriant, rapide sans te presser, et parle anglais si tu viens accompagné de gens de l’étranger. On nous a expliqué deux plats sans qu’on demande, avec ce ton de quelqu’un qui a envie que tu manges bien. Ça n’a l’air de rien : ça change tout.
Pourquoi cette adresse mérite le détour
Toulouse déborde de brunchs. Beaucoup se ressemblent : même granola, même photo, même prix. Camille’s tient sur trois choses. D’abord, c’est ouvert le dimanche — et pas juste ouvert, ouvert dès 8h30, ce qui est précieux quand tu enchaînes avec le marché. Ensuite, la cuisine est faite pour être mangée, pas photographiée : les portions sont sérieuses, c’est chaud, c’est cuit, c’est assaisonné. Enfin, c’est à deux minutes de la gare et du marché, donc ça s’insère parfaitement dans une journée sans voiture.




ℹ️ Bon à savoir — Camille’s — Morning Bistrot
- Adresse : 38 rue de la Colombette, 31000 Toulouse — ouvrir dans Google Maps
- Ouvert : du mercredi au dimanche, 8h30 – 16h (fermé lundi et mardi)
- Budget : compte 18 à 25 € pour un brunch complet avec boisson
- Réserve si vous êtes plus de deux un dimanche : la salle est petite et le quartier est très demandé au brunch. Les horaires bougent, vérifie avant de te déplacer.
💡 Le conseil voyage de Jipsee : si tu enchaînes marché + pinte + brunch comme nous, prends une formule légère plutôt que le brunch complet. Sinon tu vas terminer la journée allongée sur un banc du canal du Midi à regretter tes choix de vie. (Demande-moi comment je sais.)
La balade des rues roses, direction Belfort
On repart vers le nord, sans itinéraire précis, juste l’envie de digérer en marchant. Et c’est peut-être le moment que je préfère de la journée.
Toulouse à pied l’après-midi, c’est une leçon de lumière. La brique foraine — cette brique plate, orangée, typiquement toulousaine — change de couleur toutes les heures. À 14h, elle est presque blonde. À 19h, elle vire au rose profond, puis au rouge. C’est de là que vient le surnom de « ville rose », et ce n’est pas du marketing : tu le vois de tes yeux, sur chaque façade.
On traverse des rues étroites où deux voitures ne passent pas, on lève la tête sur des balcons débordants de géraniums, on croise des portes cochères entrouvertes qui laissent deviner des cours intérieures fraîches et silencieuses. Il y a des boutiques minuscules qui n’ouvrent que quand ça leur chante : un disquaire, une friperie, un réparateur de vélos, un atelier de céramique. Toutes fermées le dimanche, évidemment. On regarde les vitrines comme des expos.
Et il y a le canal du Midi, qu’on retrouve plus haut, avec ses platanes centenaires qui font un tunnel d’ombre. Des gens y courent, y pique-niquent, y dorment carrément dans l’herbe. L’eau est verte et immobile. Une péniche passe au ralenti et tout le monde la regarde comme si c’était un événement.


📸 Les meilleurs spots photo de la balade
- Le canal du Midi à la sortie de Matabiau, tôt le matin, quand la brume traîne encore sur l’eau
- Les palissades Paliss’Art, place Saint-Aubin — cadre une œuvre avec les grues du chantier derrière, le contraste est parfait
- Les étals de fruits du marché en contre-plongée, avec les parasols colorés au-dessus
- L’église Saint-Aubin vue depuis l’autre bout de la place, avec la foule au premier plan
- Les musiciens près de l’église — demande avant, ils disent oui neuf fois sur dix
- Une façade rose avec des volets bleus, n’importe où entre la Colombette et Belfort, en fin d’après-midi
- Les terrasses de la place Belfort vues de loin, quand tout déborde sur la chaussée
La place Belfort : le quartier le plus improbable de Toulouse
Et puis on débouche sur la place de Belfort, et il se passe quelque chose de bizarre. 🎭
Tu quittes des rues résidentielles tranquilles, tu tournes, et tu tombes sur une petite place où tout le monde est dehors. Les terrasses ont mangé le trottoir, puis la chaussée. Les chaises sont dépareillées. Les tables tiennent avec des cales. Il y a des vélos couchés partout, des chiens qui dorment sous les sièges, des verres posés à même le rebord des fenêtres.
On s’installe au Bar (Belfort) — oui, c’est vraiment son nom, et c’est déjà tout un programme. L’intérieur est dans son jus au sens le plus littéral : comptoir patiné, miroirs piqués, affiches jaunies qui se superposent depuis des décennies, guirlandes qui n’ont pas dû être décrochées depuis trois Noëls, et une lumière chaude, un peu brune, comme dans les cafés de photos anciennes. Rien n’a été « pensé ». Rien n’est là pour Instagram. Tout est là parce que ça y était déjà.
Les personnages
C’est la faune qui fait l’endroit. En une heure, j’ai vu :
- Un type en costume trois pièces beige et chapeau de paille, à 14h30, seul avec un demi, qui saluait à peu près tout le monde d’un signe de tête cérémonieux
- Deux musiciens qui ont sorti une guitare et un cajón sans prévenir personne, joué quatre morceaux, puis rangé
- Une bande d’étudiants qui a poussé trois tables ensemble pour faire tenir onze personnes, avec l’accord tacite du patron
- Des habitués qui entrent sans commander parce que leur verre arrive tout seul
- Un couple de voyageurs avec des sacs à dos énormes, adoptés en dix minutes par la table d’à côté
- Et des gens cabossés, marginaux, un peu à la rue, qui ont leur place ici comme les autres, et à qui personne ne demande de partir
C’est ça qui m’a scotchée. Ce mélange-là ne se décrète pas. Tu ne peux pas ouvrir un « concept bar convivial et inclusif » et obtenir cette place. Elle existe parce que des gens s’y retrouvent depuis des années, parce que le patron connaît les prénoms, parce que les prix sont restés bas et que du coup tout le monde peut s’asseoir.
Une ambiance hors du temps
On se croirait ailleurs. Il y a du Berlin dans le côté brut et l’absence totale de décoration calculée. Il y a du El Raval barcelonais dans la façon dont la vie sort du bar pour occuper la rue, et un petit quelque chose de Kazimierz à Cracovie dans ce mélange d’artistes et de bars minuscules. Et il y a du Toulouse populaire, celui des cafés de quartier, des parties de cartes et des accents épais.
Si tu aimes ces coins-là — ceux qu’on ne trouve dans aucun top 10 — va voir aussi mes carnets Venise insolite et New York insolite : c’est exactement la même chasse.
À un moment, j’ai regardé autour de moi et je me suis dit qu’on aurait pu être en 1930 comme en 2026 : les mêmes chaises, les mêmes verres, les mêmes conversations trop fortes, la même lumière poussiéreuse. Rien n’indiquait l’époque. Personne ne filmait. Personne ne cherchait le bon angle.
Ce n’est pas un quartier « instagrammable ». C’est un quartier vivant. Brut, un peu bancal, pas toujours propre, avec une vraie âme. Et le pire, c’est qu’on n’avait aucune envie de partir. On a repoussé le train de deux heures. Deux fois.
🍺 Bon à savoir — Le Bar (Belfort)
- Adresse : 9 place de Belfort, 31000 Toulouse — ouvrir dans Google Maps
- Ouvert : tous les jours, dès 9h en semaine, 10h le dimanche, jusqu’à très tard
- Budget : l’un des rapports qualité-prix les plus doux du centre de Toulouse
- Bon à savoir : la terrasse est petite et à l’ombre, elle se remplit vite en fin d’après-midi. Les horaires peuvent varier selon l’humeur et la saison — c’est aussi ça, le charme.
Retour à Matabiau, et cette drôle de sensation
16h. Il faut bien y aller. La place Belfort est à un gros quart d’heure de marche de la gare, et la marche est douce : on redescend vers le canal, on repasse le pont, la brique a viré au rose profond.
Mes amis filent au métro. Je remonte sur le quai avec un tote bag qui sent le basilic et les mains encore un peu poisseuses. Le train repart vers le sud, les champs reviennent, et je regarde par la fenêtre en repensant à la journée.
Aucun monument. Aucun musée. Aucun ticket. Aucune file d’attente. Juste un marché, trois adresses, une place, et cette impression très nette d’avoir vu la ville pour de vrai. 💛
Il suffit d’un dimanche pour tomber amoureuse d’un autre visage de Toulouse.
🎧 Visites guidées, free tours et excursions au départ de Toulouse
Voir les activitésTous les encadrés pratiques pour copier cette journée
❤️ Mes coups de cœur
- Le marché Saint-Aubin — le plus vivant de Toulouse, le dimanche matin uniquement
- Paliss’Art — une expo d’art urbain gratuite sur les palissades du chantier de la ligne C
- La place Belfort — mon coup de foudre de la journée, hors du temps
- Les musiciens près de l’église, vers 11h
🍴 Où manger
- Camille’s — Morning Bistrot, 38 rue de la Colombette — brunch et petit-déj, ouvert le dimanche dès 8h30 (voir sur Maps)
- Minnaya — Colombette, 32 rue de la Colombette — smoothies, café, brunch, ouvert tôt le week-end (voir sur Maps)
- Les stands du monde du marché — samoussas, empanadas, tajines, à manger debout
🍺 Où boire un verre
- Le Péry, 22 rue Gabriel Péri — terrasse ombragée, immense carte de bières, ferme en milieu d’après-midi le dimanche (voir sur Maps)
- Le Bar (Belfort), 9 place de Belfort — le bar dans son jus, ouvert jusqu’à très tard (voir sur Maps)
- Les terrasses de la place Saint-Aubin — pour un café ou un blanc en plein marché
💰 Budget de cette matinée (par personne, prix indicatifs)
- Achats et grignotage au marché : 5 à 15 €
- Expo Paliss’Art : gratuit
- Smoothie chez Minnaya : 6 à 8 €
- Pinte au Péry : 5 à 8 €
- Brunch chez Camille’s : 18 à 25 €
- Apéro place Belfort : 4 à 8 €
- Transports sur place : 0 € (tout à pied)
- Total : environ 38 à 64 €, hors train
🚶 L’itinéraire à pied, étape par étape
- Gare de Toulouse-Matabiau → canal du Midi (2 min)
- Canal → place Saint-Aubin par le boulevard puis la rue Riquet (10 min)
- Place Saint-Aubin → rue de la Colombette, chez Minnaya (4 min)
- Minnaya → Le Péry, rue Gabriel Péri (4 min)
- Le Péry → Camille’s, rue de la Colombette (4 min)
- Camille’s → place de Belfort, par les petites rues (10 min)
- Place de Belfort → gare Matabiau (12 min)
Total : environ 3,5 km de marche, sur 6 heures. Aucune côte, aucune difficulté. Baskets confortables suffisent.
📍 La carte des lieux
- Marché Saint-Aubin — 45 rue Pierre-Paul Riquet, 31000 Toulouse
- Paliss’Art — palissades du chantier ligne C, place Saint-Aubin
- Minnaya — Colombette — 32 rue de la Colombette
- Le Péry — 22 rue Gabriel Péri
- Camille’s — Morning Bistrot — 38 rue de la Colombette
- Le Bar (Belfort) — 9 place de Belfort
Enregistre-les dans une liste Google Maps la veille : tu n’auras plus à sortir ton téléphone de la journée.
Refaire exactement cette journée
Venir à Toulouse
Toute la balade part de Toulouse-Matabiau, ce qui la rend imbattable en train : tu descends et tu es à dix minutes du marché. Depuis Bordeaux, Montpellier, Narbonne, Agen ou Pau, l’aller-retour dans la journée est très faisable. Depuis les villes du département, les TER du dimanche matin sont peu fréquents mais très calmes — vérifie bien les horaires de retour, ils s’espacent en fin de journée.
En voiture, oublie le stationnement autour de Saint-Aubin un dimanche matin. Vise un parking relais en périphérie et termine en métro jusqu’à Marengo ou Jean-Jaurès.
Quand y aller
Le marché a lieu toute l’année, uniquement le dimanche matin. En été, viens tôt pour la fraîcheur ; au printemps et en automne, c’est le moment idéal, avec une lumière superbe et moins de monde ; en hiver, le marché est plus resserré mais l’ambiance reste, et les terrasses chauffées prennent le relais.
Ce qu’il faut emporter
- Un cabas ou un tote bag pliable
- Du liquide en petites coupures
- Une gourde et un chapeau en été
- Des chaussures dans lesquelles tu peux marcher 4 km sans râler
- Ton appareil photo, mais discret : ici, on photographie les gens en leur demandant
Envie d’aller plus loin dans la ville ? J’ai écrit un guide complet sur les 10 raisons de kiffer Toulouse, qui te donnera de quoi remplir un vrai week-end. Si tu prolonges, Andorre en 2 jours et Marseille sont deux escapades faciles depuis ici, et tu trouveras le reste de mes destinations françaises et européennes dans le pilier Europe.
Pour le pratique : ma liste des indispensables à emporter marche aussi très bien en train, mon guide organisation de voyage t’évitera les oublis bêtes, et si tu pars seule, voyager seule quand on est une femme reste l’un des articles dont je suis la plus fière. Les autres journées racontées comme celle-ci sont rangées dans mes carnets de voyage.
Et si tu veux une visite guidée
Je suis team « marcher au hasard », mais une visite guidée reste le meilleur moyen de comprendre l’histoire de la brique, des capitouls et du pastel en deux heures. Je passe toujours par les mêmes plateformes pour réserver — j’explique pourquoi dans mon article sur comment réserver ses activités en voyage.
FAQ : un dimanche à Toulouse, toutes tes questions
Quel marché faire à Toulouse le dimanche ?
Le marché Saint-Aubin, sans hésiter. Il se tient le dimanche matin uniquement, autour de l’église Saint-Aubin, environ de 7h à 14h. C’est le plus vivant, le plus mélangé et le plus musical de la ville, avec des producteurs locaux, des stands de cuisine du monde et une vraie ambiance bohème.
À quelle heure faut-il arriver au marché Saint-Aubin ?
Entre 9h30 et 11h. Avant, c’est calme mais tout n’est pas installé ; après midi, c’est bondé et certains producteurs commencent à manquer de stock. Le remballage démarre vers 13h30.
Que faire à Toulouse le dimanche à part le marché ?
Enchaîner un brunch rue de la Colombette, marcher le long du canal du Midi, voir l’expo d’art urbain Paliss’Art place Saint-Aubin, puis prendre un verre en terrasse place de Belfort. Beaucoup de commerces sont fermés, mais les cafés, les bars et les brunchs, eux, tournent à plein.
Peut-on visiter Toulouse en une journée ?
Oui, très facilement, surtout à pied : le centre est compact et tout se fait en moins de 30 minutes de marche d’un bout à l’autre. Une journée suffit pour un bon aperçu ; l’itinéraire de cet article couvre l’est du centre, il te restera le Capitole, les Carmes, Saint-Sernin et Saint-Cyprien pour une deuxième visite.
Où bruncher à Toulouse le dimanche ?
Rue de la Colombette, à deux pas du marché : Camille’s — Morning Bistrot (ouvert dès 8h30 le dimanche) et Minnaya — Colombette. Les deux sont petits et très demandés le week-end, donc réserve ou viens tôt.
Où trouver une terrasse à l’ombre à Toulouse en été ?
La terrasse du Péry, rue Gabriel Péri, est ombragée par les arbres et reste supportable même en pleine chaleur. La place de Belfort offre aussi de l’ombre en fin d’après-midi. En général, cherche les places arborées plutôt que les grands axes.
Le marché Saint-Aubin a-t-il lieu un autre jour que le dimanche ?
Non. C’est un marché du dimanche matin, uniquement. Toulouse a d’autres marchés en semaine, notamment les grandes halles couvertes, mais l’ambiance de Saint-Aubin n’existe que le dimanche.
Faut-il de l’argent liquide au marché Saint-Aubin ?
Beaucoup de stands acceptent la carte, mais pas tous, et certains ont un minimum. Prévois 20 à 30 € en liquide, tu ne perdras pas de temps à chercher un distributeur.
Toulouse est-elle agréable à visiter à pied ?
Très. Le centre est plat, compact et essentiellement piéton ou semi-piéton. L’itinéraire de cette journée fait environ 3,5 km au total, étalés sur six heures, sans aucune difficulté.
Combien coûte une journée comme celle-ci à Toulouse ?
Compte environ 38 à 64 € par personne hors transport, en incluant les achats au marché, un smoothie, une bière, un brunch et un apéro. Tu peux facilement descendre à 20 € en pique-niquant avec ce que tu achètes sur place.
Le quartier Saint-Aubin est-il sûr ?
C’est un quartier populaire et très animé, avec une vraie mixité sociale. En journée, et notamment le dimanche matin en plein marché, il n’y a pas de raison de s’inquiéter — reste simplement attentive à tes affaires dans la foule, comme dans n’importe quel marché bondé.
Un dimanche, et puis c’est tout
Je pensais faire une matinée. J’ai fini par repousser mon train deux fois, boire une bière de plus que prévu et rentrer avec un cabas plein de trucs que je n’avais pas prévu d’acheter. C’est exactement ce qu’on demande à un dimanche.
Si tu ne devais retenir qu’une chose : ne cale pas ta visite de Toulouse sur les monuments. Cale-la sur le marché Saint-Aubin, un dimanche matin, et laisse la journée dérouler toute seule. La ville s’occupe du reste. 🌞
Et si tu y vas, reviens me raconter : je veux savoir si le monsieur au chapeau de paille est toujours là.

