
📍 Destination : Majorque, îles Baléares (Espagne)
🏘️ Étapes : Palma, Cala d’Or, Cala Figuera, Llucmajor, Sineu, Banyalbufar, Valldemossa
⏱️ Durée : 4 jours / 3 nuits
🎒 Type de voyage : road trip entre mer, villages et montagne
🚗 Transport : vol direct Toulouse–Palma + Fiat 500 de location (152 € pour 4 jours, assurance comprise)
💶 Budget : environ 600–700 € par personne, tout compris
Coups de cœur :
🌅 Le coucher de soleil à Banyalbufar ⛵ Cala Figuera 🏊 Le rooftop du Terreno Barrio 🧀 Le marché de Sineu
⚠️ À savoir : le marché de Sineu n’a lieu que le mercredi matin, et Valldemossa se visite tôt si tu veux éviter les cars de touristes. Pense à caler ton itinéraire en fonction.

Il y a des voyages qu’on prépare pendant des mois, avec des tableaux Excel et des épingles Pinterest à n’en plus finir. Et puis il y a Majorque. Quatre jours, une Fiat 500, un vol Ryanair à une heure indécente, et l’envie très simple de voir si cette île méritait sa réputation — ou si elle n’était qu’un gigantesque parc d’attractions pour touristes en tongs chaussettes.
Réponse honnête : c’est un peu les deux. Et c’est exactement pour ça que je te raconte tout, sans filtre. Les criques turquoise qui te font oublier ton prénom, les villages de montagne qui sentent le figuier chaud, mais aussi une soirée à El Arenal le temple du tourisme low cost. Installe-toi, sers-toi un verre, on part à Majorque.
- 🛫 Jour 1 : Palma, une cathédrale XXL et un rooftop de folie
- 🏖️ Jour 2 : eaux turquoise le matin, chaos festif le soir
- 🧺 Jour 3 : le marché de Sineu et la grande claque de la Tramuntana
- 🌿 Jour 4 : Valldemossa, un renoncement stratégique et le retour
- 💬 Le bilan : alors, Majorque, ça vaut le coup ?
- 📋 Infos pratiques pour organiser ton séjour à Majorque
🛫 Jour 1 : Palma, une cathédrale XXL et un rooftop de folie
Réveil à 4h du matin, ou l’art de commencer les vacances en zombie
Vol Ryanair Toulouse–Palma, décollage 8h. Sur le papier, c’est parfait : on arrive à 9h10 et on a toute la journée devant toi. Dans la vraie vie, ça veut dire réveil à 4h, café avalé debout dans la cuisine, et cette éternelle question existentielle devant la valise cabine : « Est-ce que ça rentre dans le gabarit ou est-ce que je vais devoir sacrifier une paire de chaussures ( ou les roues de ma valise) devant tout le monde ? »
Une heure trente de vol plus tard, les portes de l’avion s’ouvrent sur Palma et là, première claque : la lumière. Cette lumière méditerranéenne un peu dorée, qui te fait immédiatement oublier le réveil aux aurores. L’aéroport de Palma est immense (c’est l’un des plus fréquentés d’Espagne en été), mais tout est bien indiqué, et en vingt minutes on était dehors.
Une Fiat 500 & 2 sacs a dos
Direction le loueur de voitures, situé à quelques minutes de l’aéroport avec une navette gratuite. Le chauffeur conduisait comme s’il participait à un rallye non déclaré, ce qui, rétrospectivement, était une excellente préparation mentale à la conduite majorquine.
On récupère une Fiat 500 pour 40 € les quatre jours. Oui, 40 €. Le hic ? L’assurance : 112 €. Presque trois fois le prix de la voiture. J’ai levé un sourcil, le monsieur du comptoir a levé les épaules, et j’ai signé, parce qu’entre les routes de montagne en lacets et les parkings de village taillés pour des vélos, je préférais rouler l’esprit tranquille. Total : 152 €, et zéro stress au moment de l’état des lieux — on va dire que c’est le prix de la tranquilité. Sinon, la Fiat en elle-même : mignonne comme tout, parfaite pour se faufiler dans les villages et se garer dans des espaces prévus pour des trottinettes. Moins parfaite pour caser deux valises : le coffre d’une Fiat 500, c’est grosso modo la taille d’un four à micro-ondes. Mais comme on voyage léger, c’est passé large.
💡 Le conseil voyage de Jipsee : réserve ta voiture plusieurs semaines à l’avance, surtout entre juin et septembre. Les prix peuvent tripler à la dernière minute. Vérifie bien la politique de carburant (plein/plein, c’est le plus honnête) et prends des photos de la voiture sous tous les angles avant de partir. Oui, même le dessous des pare-chocs. Surtout le dessous des pare-chocs.


La cathédrale de Palma : le gothique qui te remet à ta place
Trente minutes de route plus tard, nous voilà à Palma. On se gare au parking souterrain du Parc de la Mar, juste au pied de la cathédrale (compte 2 à 3 € de l’heure, mais l’emplacement est imbattable). Tu sors du parking, tu lèves les yeux, et boum : la Seu, la cathédrale de Palma, posée face à la mer comme si elle surveillait l’horizon depuis sept siècles. Ce qui est littéralement le cas.
Quelques chiffres pour situer le monstre : sa construction a démarré au XIIIe siècle sur l’emplacement de l’ancienne grande mosquée, après la conquête de l’île par Jacques Ier d’Aragon, et a duré près de 400 ans. Sa grande rosace est l’une des plus grandes du monde gothique — on la surnomme « l’œil du gothique », et franchement, quand la lumière la traverse et projette des confettis colorés sur les colonnes, tu comprends pourquoi les gens croyaient en quelque chose à l’époque.
À l’intérieur, deux surprises. La première : Gaudí est passé par là au début du XXe siècle pour réaménager une partie du chœur, avec son baldaquin un peu fou suspendu au-dessus de l’autel. La deuxième : la chapelle décorée par Miquel Barceló, artiste majorquin contemporain, avec une immense fresque en céramique qui évoque les fonds marins. C’est étrange, organique, un peu dérangeant, et complètement fascinant. Les avis divergent — j’ai entendu un monsieur derrière moi murmurer « on dirait que le mur a fondu » — mais personne ne reste indifférent.
L’entrée coûte une dizaine d’euros, et je te conseille d’y aller en fin de matinée quand le soleil traverse la rosace côté est. Compte une bonne heure de visite, plus si tu es du genre à lire tous les panneaux (moi je lis les trois premiers puis j’invente le reste, chacun sa méthode).

Perdus dans les ruelles de la vieille ville
Après la cathédrale, cap sur le centre historique. Et là, mon conseil tient en un mot : range ton GPS. Le vieux Palma, c’est un labyrinthe de ruelles ocre et de patios cachés, et le meilleur moyen de le découvrir, c’est de se perdre méthodiquement. Une porte cochère entrouverte sur une cour intérieure remplie de plantes, un balcon en fer forgé qui déborde de bougainvilliers, une petite place où des mamies discutent à l’ombre d’un oranger : chaque coin de rue offre sa petite récompense.
Ne rate pas le quartier autour de la Plaça Major et les rues commerçantes du Passeig del Born, l’avenue élégante bordée de platanes où les Palmesans viennent flâner. Il y a dans cette ville un mélange assez unique de chic méditerranéen et de nonchalance insulaire. Les gens ne courent pas. Personne ne court, jamais. Au bout d’une heure, tu ne cours plus non plus. Majorque a déjà gagné.




Bodega Bar España : les tapas qui justifient le voyage
Vers 14h, l’estomac a rappelé qu’il s’était levé à 5h lui aussi. Direction la Bodega Bar España, une adresse cachée dans une ruelle du centre, le genre d’endroit devant lequel tu passerais sans t’arrêter si on ne t’avait pas soufflé le nom. À l’intérieur : jambons suspendus au plafond, comptoir en bois patiné, serveurs qui hurlent les commandes en majorquin, et une ardoise de tapas à tomber par terre.
Au menu de notre razzia : des croquetas crémeuses comme il faut, du pa amb oli (LA spécialité locale : pain frotté à la tomate de ramallet, huile d’olive, et ce que tu veux dessus — ici, un fromage de brebis divin), des gambas à l’ail qui grésillaient encore en arrivant sur la table, et une tortilla épaisse et fondante. Le tout arrosé d’une caña bien fraîche, pour environ 20-25 € par personne. J’ai failli commander une deuxième tournée de croquetas. Je ne l’ai pas fait. Je le regrette encore.
💡 Le conseil voyage de Jipsee : à Palma, méfie-toi des restaurants avec photos plastifiées des plats en terrasse sur les grands axes. Les meilleures adresses sont presque toujours dans les ruelles, sans vue, sans terrasse Instagram, mais avec des locaux au comptoir. C’est LE critère.



Le Terreno Barrio et sa piscine sur le toit (le paradis existe, il a un rooftop)
Après une marche digestive dans les ruelles — nécessaire, vitale même —, on rejoint notre hôtel : le Terreno Barrio hôtel . Et autant te dire que la fatigue du réveil à 5h s’est évaporée en franchissant la porte.
L’hôtel joue la carte du boutique-hôtel de charme : pierres apparentes, matériaux naturels, déco épurée dans les tons sable et olive, ce style méditerranéen chic qui te donne envie de refaire toute ta maison en rentrant (mon banquier valide moyennement ce genre d’inspiration). La chambre était spacieuse, lumineuse, avec une literie dans laquelle j’aurais volontiers passé le reste du séjour, et une salle de bain avec une douche à l’italienne grande comme mon salon.
Mais le vrai bijou, c’est le rooftop. Tu montes les dernières marches, et tu découvres une piscine posée sur les toits de la ville. L’eau à la température parfaite, des transats confortables, un silence improbable en pleine ville. On a passé la fin d’après-midi à alterner trempette et sieste, dans un état de béatitude assez rare. Si tu cherches une raison de dormir à Palma plutôt qu’en périphérie : la voilà.




🏨 Mon adresse coup de cœur à Palma
Envie de piquer une tête dans cette piscine sur les toits de Palma ? Réserve ta chambre au même hôtel que moi, en plein centre historique :
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Dîner italien chez Sa Figu Morisca et balade sur le port
Le soir, on avait réservé chez Sa Figu Morisca, un restaurant italien du centre. Oui, je sais : manger italien en Espagne, c’est un peu comme commander une raclette à Bangkok. On a d’abord hésité, et puis on a découvert un truc étonnant : Majorque regorge de restaurants italiens, et pas des attrape-touristes — de vraies bonnes tables, tenues souvent par des Italiens installés sur l’île, avec un niveau de qualité qui nous a bluffés. On a même fini par se dire, un peu penauds, que c’était meilleur que dans la plupart des restos italiens qu’on fréquente en France. Voilà, c’est dit, pardon aux pizzerias toulousaines.
Sa Figu Morisca en est la preuve parfaite : cadre intimiste, pâtes fraîches maison, une burrata crémeuse à souhait. Compte 30-40 € par personne avec un verre de vin, service adorable en prime.
Pour clore cette première journée, balade nocturne sur la marina port de Palma qui s’étire le long de la baie, les yachts s’alignent dans des tailles de plus en plus indécentes (il y a un moment où ce n’est plus un bateau, c’est un immeuble qui flotte), et la brise marine fait le reste. On a marché sans but précis, en jouant à « lequel tu achèterais si tu gagnais au loto », un grand classique. Retour à l’hôtel les jambes lourdes et le sourire aux lèvres. Jour 1 : validé.
🏖️ Jour 2 : eaux turquoise le matin, chaos festif le soir
Cala d’Or, ou comment j’ai vérifié que les photos ne mentaient pas
Départ matinal (7h30, réveil qui pique, mais tu vas voir que ça valait le coup) direction le sud-est de l’île et Cala d’Or. Une heure de route depuis Palma, à travers une campagne d’amandiers, de murets en pierre sèche et de moulins à vent qui te rappellent que Majorque, ce n’est pas que du littoral.
Avant de partir, j’avais évidemment scrollé des dizaines de photos de criques majorquines en me disant « c’est retouché, ce n’est pas possible ». Verdict sur place : ce n’est pas retouché. La crique de Cala d’Or, c’est une petite anse de sable blond enchâssée entre des falaises basses couvertes de pins, avec une eau d’un turquoise tellement net qu’on dirait un filtre. Sauf que non. C’est juste… comme ça.
À 9h du matin, la crique était encore paisible : quelques nageurs matinaux, des paddles qui glissaient sans bruit, l’odeur des pins chauffés par le soleil. Première baignade du séjour, et cette sensation incomparable d’entrer dans une eau translucide où tu vois tes pieds à deux mètres de fond. J’ai flotté sur le dos un long moment en fixant le ciel, avec cette pensée profonde et philosophique : « pourquoi je ne vis pas ici, en fait ? »
💡 Le conseil voyage de Jipsee : pour les criques du sud-est (Cala d’Or, Cala Gran, Cala Mondragó…), arrive avant 10h en été. Passé cette heure, les parkings saturent et le sable disparaît sous les serviettes. Le matin, tu as l’eau la plus calme, la meilleure lumière et une place de parking sans crise de nerfs. Prends aussi des chaussures d’eau : certaines criques ont des rochers à l’entrée.


Cala Figuera, le village de pêcheurs tranquille
Vers midi, petit saut de puce (vingt minutes de route) jusqu’à Cala Figuera. Et là, changement complet d’ambiance. Oublie la plage : Cala Figuera est un village de pêcheurs construit autour d’une calanque étroite et profonde, où les maisons blanches aux volets verts descendent jusqu’à l’eau. Les llaüts, ces barques traditionnelles majorquines, se balancent doucement dans le port, les filets sèchent devant les hangars à bateaux, et des chats font la loi sur les quais. On le surnomme parfois « la petite Venise de Majorque », ce qui est très exagéré, mais l’endroit n’a besoin d’aucune comparaison : il est simplement magnifique.
C’est un des rares endroits de l’île où la pêche est encore une activité réelle, pas un décor. Si tu traînes sur le port en fin de matinée, tu peux voir les pêcheurs rentrer et démêler leurs filets, exactement comme il y a cinquante ans. J’ai discuté trois minutes avec un pêcheur en mélangeant espagnol approximatif et langage des signes ; j’ai compris environ 30 % de ce qu’il m’a dit, mais on a beaucoup ri, et c’est bien là l’essentiel.
Paella face au port au Café d’Arcada
Pour le déjeuner, on s’installe au Café d’Arcada, en surplomb du port. La terrasse ombragée, la vue sur les barques, le bruit de l’eau contre les coques : le décor mettait la barre haut, et l’assiette a suivi. On a commandé une paella aux fruits de mer, servie dans sa poêle, généreuse en gambas, moules et calamars, avec ce riz légèrement accroché au fond — le fameux socarrat, la partie que les connaisseurs s’arrachent. Avec une sangria fraîche et le clapotis en fond sonore, on tenait un sérieux candidat au titre de meilleur déjeuner du séjour. Compte environ 20-25 € par personne, et note que la paella se commande souvent pour deux minimum, avec 20-30 minutes d’attente : c’est bon signe, ça veut dire qu’elle n’attendait pas dans un congélateur.
Après le repas, balade digestive dans les ruelles du village, qui grimpent au-dessus de la calanque. Dix minutes suffisent pour en faire le tour, mais tu t’arrêteras toutes les trente secondes pour prendre des photos, donc prévois large.


Le Mirador Es Pontàs : une arche, la mer, et moi en tongs
En milieu d’après-midi, direction le Mirador Es Pontàs, à quelques minutes en voiture vers Cala Santanyí. Depuis le parking, un sentier facile d’une quinzaine de minutes longe la côte rocheuse jusqu’au point de vue. J’étais en tongs, ce qui n’était pas mon idée du siècle sur les dalles calcaires, mais rien d’insurmontable — disons que j’ai pas tenté le selfie trop près du bord.
Au bout du sentier, la récompense : Es Pontàs, une arche naturelle de pierre qui jaillit de la mer à quelques dizaines de mètres du rivage. C’est spectaculaire, presque irréel, comme si quelqu’un avait posé une porte géante au milieu de l’eau. Petite anecdote pour briller en société : cette arche est mythique dans le monde de l’escalade depuis que le grimpeur Chris Sharma y a ouvert en 2007 une voie d’un niveau extrême, en solo au-dessus de l’eau, sans corde. Moi qui venais de manquer trois fois de me tordre la cheville en tongs sur un sentier balisé, j’ai ressenti une grande humilité.
La lumière, la mer aux milles nuances de bleus, et il n’y a presque personne. Reste-y vingt minutes, assieds-toi sur un rocher, et savoure. C’est gratuit, et ça vaut tous les spots payants de l’île.




Pause douceur au HBE Boutique Hotel de Llucmajor
En fin d’après-midi, on remonte vers l’intérieur des terres pour rejoindre notre étape du soir : le HBE Boutique Hotel à Llucmajor, une petite ville tranquille entre le sud de l’île et Palma. Excellent choix stratégique : les prix y sont plus doux que sur la côte, et tu es à vingt minutes de tout.
L’hôtel est une jolie maison de ville rénovée avec goût : patio intérieur, pierres blondes, chambres cosy à la déco soignée, accueil aux petits soins. Après la journée mer + marche + soleil, la douche fut un moment de communion intense avec la plomberie espagnole. Puis, au lieu d’une soirée tranquille… on a eu une idée. Une idée dont je savais pertinemment qu’elle était mauvaise, ce qui, on est d’accord, ne m’a jamais arrêtée.
🏨 Mon adresse à Llucmajor
Une base idéale et abordable entre les criques du sud et Palma : réserve ta chambre au HBE Boutique Hotel, la jolie maison de ville où j’ai dormi :
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El Arenal : bienvenue dans la quatrième dimension
« On va juste voir à quoi ça ressemble », qu’on s’est dit. Ha. Ha. Ha.
El Arenal, à quinze minutes de Llucmajor, c’est LE quartier festif de la baie de Palma, temple de la fête version XXL, très prisé notamment des touristes allemands (le coin est célèbre outre-Rhin sous le nom de « Ballermann », véritable institution). Après une journée passée dans des criques silencieuses et des villages de pêcheurs endormis, le choc thermique fut… total.
Imagine : des avenues entières de bars et de méga-discothèques, de la musique qui fait vibrer les trottoirs, des groupes en tenues assorties (j’ai croisé douze personnes déguisées, et personne n’avait l’air de trouver ça étrange), de la sangria servie dans des seaux, avec des pailles d’un mètre — et une énergie collective quelque part entre un carnaval et une fin de mariage à 4h du matin.
Est-ce que c’est ma tasse de thé ? Non. Est-ce que je me suis amusée ? Contre toute attente, oui. Est-ce qu’il faut le vivre une fois pour comprendre le grand écart culturel de cette île ? Absolument. Majorque, c’est ça aussi : des criques dignes des Seychelles à vingt minutes d’un endroit où on vend la sangria au litre et des currywurst comme à Berlin. Ce contraste, aussi absurde soit-il, fait partie de l’identité du lieu.



Retour au calme sur la place de Llucmajor
On a fini par s’extraire d’El Arenal (avec la sensation d’émerger d’une machine à laver) pour rentrer dîner à Llucmajor. Et quel contraste, encore une fois : la Plaça d’Espanya, cœur du village, avec son église, ses platanes, ses terrasses tranquilles où les familles majorquines dînaient dans la douceur du soir. Le silence, après le vacarme d’El Arenal, était presque physique.
On s’est installés en terrasse pour un dîner simple et parfait — grillades, salade de tomates locales qui ont le goût de tomates (concept révolutionnaire), et un verre de vin de l’île. Autour de nous, on ne parlait que majorquin et espagnol : le signe qu’on avait trouvé le vrai Llucmajor. Cette soirée à deux visages résume à elle seule pourquoi j’ai aimé cette île : elle ne rentre dans aucune case.

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🧺 Jour 3 : le marché de Sineu et la grande claque de la Tramuntana
Sineu, un mercredi matin depuis 700 ans
Ce matin-là, on avait bien fait nos devoirs : nous étions un mercredi, et le mercredi à Majorque, il n’y a qu’une seule destination valable : le marché de Sineu, en plein centre de l’île. Ce n’est pas un marché comme les autres : il se tient tous les mercredis depuis le début du XIVe siècle, quand le roi Jaume II en a fait un rendez-vous officiel de l’île. Sept cents ans de mercredis. Ça force le respect.
On est arrivés vers 9h (gare-toi dans les rues en périphérie du village et finis à pied, le centre est vite saturé), et l’ambiance m’a immédiatement embarquée. Le marché envahit tout le village : les places, les ruelles, le parvis de l’église. D’un côté, les étals de produits locaux — fromages de brebis, sobrassada (cette charcuterie majorquine tartinable au paprika, dangereusement addictive), olives par dizaines de variétés, miels, abricots secs, tomates de ramallet suspendues en grappes comme des guirlandes. De l’autre, et c’est ce qui fait la particularité de Sineu : le marché aux animaux, l’un des derniers de l’île. Poules, lapins, chèvres, cochons noirs majorquins… Ça caquette, ça bêle, ça négocie en majorquin, et pendant un instant tu as l’impression d’avoir remonté le temps d’un bon siècle.
J’ai goûté tout ce qu’on m’a tendu (ma stratégie marché habituelle : sourire, goûter, acheter, recommencer), discuté avec une productrice de fromage qui m’a expliqué avec passion la différence entre ses trois affinages — j’ai hoché la tête avec conviction, acheté les trois, aucun regret. Repartie aussi avec de la sobrassada, un pot de miel et des amandes. La Fiat 500 commençait à sentir le terroir, et c’était très bien comme ça.
💡 Le conseil voyage de Jipsee : le marché de Sineu, c’est UNIQUEMENT le mercredi matin (de 8h à 13h environ). Si ton séjour inclut un mercredi, construis ta journée autour, ça vaut vraiment le détour. Viens tôt, à jeun (les dégustations sont généreuses), et avec du liquide : beaucoup de producteurs ne prennent pas la carte.




La Serra de Tramuntana : la route qui rend muet
Après le marché, changement radical de décor. Direction l’ouest et la Serra de Tramuntana, la chaîne de montagnes qui borde toute la côte nord-ouest de l’île, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Et je vais être honnête : je pensais avoir fait le tour des routes panoramiques dans ma vie de voyageuse. Je me trompais.
La route s’élève progressivement, et le paysage bascule. Les plaines agricoles laissent place à des montagnes calcaires abruptes, des forêts de pins et de chênes verts, des oliviers centenaires aux troncs torturés, et surtout ces terrasses de pierre sèche qui sculptent les flancs de montagne depuis des siècles — c’est d’ailleurs ce système de culture ancestral qui a valu à la Tramuntana son classement UNESCO. Et puis, dans les virages, la mer qui apparaît en contrebas, d’un bleu profond, trois cents mètres plus bas.
Dans la voiture, le niveau de conversation s’est progressivement dégradé : des phrases complètes au début, puis des « oh là là », puis des « regarde, REGARDE », puis plus rien du tout. La Tramuntana rend muet. On s’est arrêtés à trois ou quatre miradors (ils sont bien indiqués le long de la route Ma-10), et à chaque fois le même rituel : descendre de voiture, rester plantée là, remonter à contrecœur.
Petit avertissement quand même : la route est étroite, sinueuse, et partagée avec des cyclistes en quantité industrielle (la Tramuntana est un spot mythique du vélo européen). Conduis cool, prévois du temps, et si tu as le mal des transports, assieds-toi devant et fixe l’horizon. Le jeu en vaut mille fois la chandelle.




Banyalbufar et le Baronia : un emplacement de folie
Dans l’après midi, on arrive à Banyalbufar, et c’est le coup de foudre immédiat. Ce petit village est accroché à flanc de montagne face à la mer, entouré de terrasses cultivées qui descendent en escalier jusqu’à l’eau — un héritage de l’époque arabe, quand tout ce versant produisait la malvasia, un vin blanc local qui renaît aujourd’hui grâce à quelques vignerons passionnés. Le village lui-même est minuscule, paisible, authentique : quelques ruelles, deux ou trois restaurants, des chats (encore), et cette impression d’être arrivée au bout du monde à quarante minutes de Palma.
Notre hôtel, le Baronia, occupe une ancienne demeure seigneuriale avec sa tour de défense du XVIe siècle. Rien que ça. Alors soyons honnêtes deux minutes, parce que c’est aussi pour ça que tu me lis : côté confort, ce n’est pas le grand luxe. La salle de bain est rudimentaire, les chambres font leur âge et ne resteront pas dans les annales de la décoration. Si tu cherches un cocon design avec douche à l’italienne, passe ton chemin. MAIS. Et c’est un mais de taille : l’emplacement est tout simplement fou, et l’hôtel cache deux trésors qui font tout oublier. Le premier : une piscine en terrasse suspendue au-dessus de la mer, entourée des fameuses cultures en escalier. Tu nages littéralement face à la Méditerranée, avec les montagnes dans le dos. Le second : le rooftop. À ce prix et à cet endroit, le deal est largement gagnant — tu viens ici pour la vue, pas pour la robinetterie.
🌅 Mon adresse à Banyalbufar
Piscine suspendue au-dessus de la mer et coucher de soleil inoubliable depuis le rooftop : réserve ta nuit au Baronia (en connaissance de cause pour le confort, tu es prévenu·e !) :
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L’escroquerie du séjour (et la pépite cachée juste au-dessus)
Avant de te parler du coucher de soleil, il faut que je te raconte notre seule vraie déconvenue du voyage, parce qu’un carnet de voyage sans arnaque, c’est un carnet de voyage qui ment. En arrivant à Banyalbufar avec un petit creux, on s’est laissés tenter par un en-cas au Forn del Casino, sur la rue principale. Résultat des courses : pas bon, cher, et un accueil aussi chaleureux qu’un contrôle fiscal. Le triple combo. On est repartis en se regardant avec ce petit air de « bon, ben voilà, on a payé notre taxe touriste ».
La bonne nouvelle, c’est que la leçon est simple et qu’elle te servira : à Banyalbufar, sors de la rue principale, monte quelques marches, et va chez Can Colom. Là, changement de planète : tout est fait maison, l’accueil est adorable, et la terrasse est un petit bonheur — le genre d’endroit où tu t’installes « juste pour un verre » et où tu es encore là une heure et demie plus tard. La preuve, une fois de plus, que les meilleures adresses se méritent : elles sont rarement là où le flux touristique te dépose.
💡 Le conseil voyage de Jipsee : à Banyalbufar comme partout à Majorque, la règle d’or reste la même : éloigne-toi de dix mètres de l’axe principal et la qualité grimpe pendant que l’addition descend. Chez Can Colom, tout est fait maison, l’accueil est aux petits soins et la terrasse vaut le détour à elle seule. Fonce-y les yeux fermés.


Le coucher de soleil le vrai spectacle de la journée
Et c’est là que je dois te parler du sunset. Vers 20h30, on est montés sur le toit avec un verre de malvasia locale (quand tu peux boire le vin des terrasses que tu regardes, fais-le). Le soleil descendait doucement sur la mer, exactement dans l’axe du village. Le ciel est passé par toutes les nuances imaginables — doré, orange, rose fuchsia, violet — les terrasses de pierre s’embrasaient, la mer devenait métallique, et le village entier semblait suspendu dans cette lumière. Autour de nous, une dizaine de personnes chuchotaient, comme dans une église. J’ai vu des couchers de soleil en Thaïlande, au Mexique, sur le Nil. Celui de Banyalbufar joue dans la même cour, et je ne dis pas ça à la légère.
💡 Le conseil voyage de Jipsee : dormir une nuit dans la Tramuntana change complètement l’expérience de Majorque. Les excursionnistes repartent en fin de journée : le soir et le matin, tu as les villages pour toi. Banyalbufar est une base parfaite, moins touristique que Deià ou Valldemossa, et son orientation plein ouest en fait un spot à coucher de soleil exceptionnel. Réserve tôt, les hôtels y sont petits et vite complets — et si tu choisis le Baronia, viens pour la vue et la piscine, pas pour le confort de la chambre.


🌿 Jour 4 : Valldemossa, un renoncement stratégique et le retour
Valldemossa, le village qui a fait craquer Chopin
Dernier jour, et pas des moindres. Après un petit-déjeuner face à la mer, on reprend la route de montagne vers Valldemossa, à une vingtaine de minutes.
Valldemossa, c’est LE village carte postale de la Tramuntana : des ruelles pavées qui grimpent, des maisons de pierre blonde croulant sous les pots de fleurs et les plantes grimpantes, des volets verts, et la silhouette de la Chartreuse qui domine l’ensemble, le tout enchâssé dans un cirque de montagnes verdoyantes. C’est objectivement magnifique. C’est aussi, il faut le dire, très fréquenté : nous sommes arrivés vers 9h et c’était parfait, mais dès 10h30, les cars ont commencé à déverser leurs passagers et l’ambiance a changé.
Côté histoire, Valldemossa doit sa célébrité à un couple d’hivernants pas comme les autres : Frédéric Chopin et George Sand, qui ont passé l’hiver 1838-1839 dans les cellules de la Chartreuse. Séjour glamour sur le papier, calvaire en réalité : il a plu sans arrêt, Chopin était malade, les villageois voyaient d’un très mauvais œil ce couple non marié, et George Sand s’est vengée en écrivant « Un hiver à Majorque », un livre où elle règle ses comptes avec les locaux avec une mauvaise foi assez réjouissante. Le village, beau joueur, en a fait son principal argument touristique. L’ironie de l’histoire me ravit.
On a flâné dans les ruelles hautes, plus calmes, admiré les patios fleuris, et goûté la spécialité locale incontournable : la coca de patata, une brioche moelleuse à base de pomme de terre, légèrement sucrée, à tremper dans un chocolat chaud épais même en plein été (oui, c’est la tradition, non, je ne discute pas les traditions qui impliquent du chocolat). Verdict : dangereusement bon.




Sóller, ou l’art de savoir renoncer
Le plan initial prévoyait de pousser jusqu’à Sóller, sa place mythique, son tramway centenaire, ses orangeraies. Mais voilà : il était déjà midi passé, l’avion décollait en fin d’après-midi, la route jusqu’à Sóller ajoutait de la montagne à la montagne, et les retours d’autres voyageurs croisés la veille étaient unanimes : « en ce moment, c’est noir de monde ».
Alors on a fait ce qui est peut-être la décision la plus mature de tout le séjour : on a renoncé. Plutôt que de courir pour cocher une case, stresser sur l’horaire et garder de Sóller le souvenir d’un parking bondé, on a choisi de savourer tranquillement notre fin de matinée à Valldemossa. Et tu sais quoi ? Aucun regret. C’est même devenu ma philosophie de voyage : mieux vaut trois lieux savourés que cinq lieux avalés. Et puis soyons honnêtes deux minutes : Sóller qui reste sur la liste, c’est surtout une excellente excuse pour revenir.
Adiós, petite Fiat
Redescente vers Palma par la route de montagne (dernières vues plongeantes sur la mer, dernier pincement au cœur), plein d’essence près de l’aéroport, et restitution de la Fiat 500, qui aura vaillamment tout enduré : les valises Tetris, les routes en lacets, les parkings millimétrés et une odeur persistante de sobrassada. L’état des lieux s’est bien passé — merci les photos du premier jour — et la navette nous a déposés à l’aéroport avec une avance confortable.
Vol retour vers Toulouse en fin d’après-midi, le nez collé au hublot pour un dernier panorama sur la baie de Palma, les criques du sud et les montagnes de la Tramuntana qui s’éloignent. Quatre jours seulement, et pourtant la sensation d’avoir vu trois îles différentes en une.
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💬 Le bilan : alors, Majorque, ça vaut le coup ?
Réponse courte : oui, mille fois oui. Réponse longue : Majorque m’a surprise, et c’est peut-être son plus grand talent. Je m’attendais à une île balnéaire un peu formatée, j’ai trouvé une île aux mille visages : une capitale élégante et vivante, des criques qui rivalisent avec les Caraïbes, des villages de pêcheurs hors du temps, une chaîne de montagnes à couper le souffle, des marchés vieux de sept siècles… et un quartier où l’on sert la sangria dans des seaux, parce qu’il en faut pour tous les goûts.
En quatre jours, on a eu un aperçu dense et varié, mais l’île mérite clairement une semaine pour ajouter Sóller, le Cap de Formentor, les criques du parc de Mondragó et quelques randonnées dans la Tramuntana. Considère cet itinéraire comme une mise en bouche parfaite — celle qui te donne furieusement envie de revenir au plat principal.
📋 Infos pratiques pour organiser ton séjour à Majorque
Y aller et se déplacer
Des vols directs relient Toulouse (et la plupart des grandes villes françaises) à Palma en 1h30 environ, souvent à prix très doux hors vacances scolaires. Sur place, la voiture de location est quasi indispensable pour cet itinéraire. Les tarifs de base sont très bas en réservant à l’avance (40 € les 4 jours pour notre Fiat 500 !), mais attention à l’assurance, qui peut coûter plus cher que la voiture elle-même : nous avons payé 112 € pour rouler l’esprit tranquille, soit 152 € au total. Une petite citadine suffit largement, et c’est même l’idéal pour les routes de montagne et les parkings de village. L’essence et les parkings restent raisonnables : prévois 2-3 €/h dans les parkings de Palma, et des zones bleues payantes dans la plupart des villages côtiers en été.
Quand partir
Juin est un excellent compromis : l’eau est déjà bonne, les journées longues, et la foule reste gérable si tu joues la carte des horaires décalés (criques le matin, villages tôt ou en fin de journée). Juillet-août, tout est plus dense et plus cher. Mai, septembre et octobre sont réputés idéaux pour randonner dans la Tramuntana.
Budget indicatif pour 4 jours
Pour ce séjour, compte environ 600 à 700 € par personne : vol low cost (50-150 € selon la période et ta capacité à voyager léger), voiture partagée (~75 €/pers, assurance comprise), hôtels de charme (60-90 €/pers/nuit en partageant la chambre), repas (20-40 €/pers par repas au restaurant) et visites (la cathédrale de Palma autour de 10 €, le reste — criques, miradors, villages, marché — est gratuit, et c’est bien là la magie de Majorque).
L’itinéraire en résumé
Jour 1 : Palma — cathédrale, vieille ville, tapas, rooftop et port de nuit.
Jour 2 : Cala d’Or au réveil, Cala Figuera et paella, Mirador Es Pontàs, nuit à Llucmajor avec détour (assumé) par El Arenal.
Jour 3 : marché de Sineu le mercredi matin, route de la Serra de Tramuntana, coucher de soleil à Banyalbufar.
Jour 4 : Valldemossa au réveil, coca de patata, et retour à l’aéroport le cœur (et le coffre) bien rempli.
Si tu prépares ton propre séjour sur l’île, n’hésite pas à me poser tes questions en commentaire : je répondrai avec plaisir (et probablement en te reparlant du coucher de soleil de Banyalbufar, pardon d’avance). ¡Hasta pronto, Mallorca! 🌅

